Chasse aux poulets à Good Note

Des plumes qui volent, une course-poursuite effrénée, les cris désespérés des coqs qui partent à l’abattoir… C’est un peu l’image que l’on se fait du chargement en camion des poulets non ? Et bien cela ne s’est pas du tout déroulé comme cela, et pour une simple et bonne raison : ces poulets sont stupides. Et quand je dit « ces poulets » je ne veux bien sûr pas parler de cette charmante poulette noire qui me fait les yeux doux dès que je travaille à l’extérieur, mais bien de ces affreux poulets à viande que la famille Borch et sa petite communauté tentent tant bien que mal d’élever depuis maintenant seize semaines.

C’est le problème lorsque l’on ne veut pas avoir dans son assiette une viande squelettique et dure comme du cuire. Il faut élever des poulets qui ont été savamment sélectionnés pour être gros, moches et surtout très bêtes. A côté de belles pondeuses qui parcourent gaiement la ferme, deux cents poulets uniformes et blancs grossissent chaque jour sur une pelouse clôturée. Et cela à grand renfort de grains et de main-d’œuvre.

Nous vous avions déjà parlé de la communauté de la ferme, et bien ces poulets font aussi partie de ce système. Huit familles se sont donc partagées les frais d’achat des poussins, de la nourriture, des soins, de l’abattage et des autres dépenses liées à ces volatiles. En plus de cela, selon un planning bien précis, chaque famille s’occupe chaque jour de les nourrir. Le contrat est simple : sur les trois cents poussins achetés au départ, deux-cents sont partagés entre les huit familles et le reste va à la famille Borch. Malheureusement cette année cent oiseaux sont morts, sans doute dû à un manque d’apport en protéines (et pourtant il y en a !)…

La semaine dernière, à la tombée de la nuit lorsque les poulets étaient couchés, les huit familles en charge du poulailler étaient donc là pour charger les poulets dans le camion. Et c’est là que la magie opère… Nous n’avions qu’à nous pencher pour attraper les jeunes coqs ! Ils ne se débattaient pas, ne criaient pas, ne s’enfuyaient pas. Ils se laissaient prendre, indifférents, suspendus par les pattes, la tête en bas. Le boulot a donc été vite fait : trois personnes se chargeaient de mettre les poulets dans les casiers pendant que les autres les apportaient. Bien entendu le dernier tiers était un peu plus compliqué. Seuls les coqs un peu plus alertes continuaient de vagabonder. Nous nous mettions donc en arc de cercle, tentant de les piéger dans les recoins du poulailler. Les plus futés se cachaient sous les cabanes mais n’étaient pas très dur à déloger. Cinq autres coqs, de l’autre basse cour, intelligents ceux-là, ont rejoint le cheptel pour être mangé eux aussi. Au bout d’une heure, tout ce beau monde étaient bien rangé par dix dans des casiers. Ils ont alors passé la nuits sur la remorque du camion avant d’être emmenés à six heures le lendemain matin à l’abattoir.

Vers six heure du soir, tous les poulets étaient là, découpés, nettoyés et emballés sous vide. Il n’y avait plus qu’à faire le partage entre les différentes familles et le travail été plié. Enfin…presque… Car on a retrouvé peu après un jeune coq qui s’était échappé ! Un coq intelligent bien sûr… Pour le récompenser, nous lui avons laissé la vie sauve !

Valérian

Pour aller plus loin :

Butchering, Processing and Preservation of Meat (cf. Biblio), un vieux bouquin (en anglais) qui explique comment préparer, découper et stocker tout type de viande et de poisson. Un peu vieillot tout de même, à mon avis vous pouvez maintenant en trouver des plus actualisés et en français sur le marché.

L’école à la maison

« Home school » ? Oui, l’école à la maison est une pratique extrêmement populaire en Amérique du Nord. Laissez-nous vous expliquer comment cela se passe pour les enfants de la ferme Goat’s Pride Dairy.

Jo-Ann et Peter ont neufs enfants et aucun d’entre eux ne va à l’école avant l’âge de 16 ans. C’est Jo-Ann qui leur fait la classe pendant quelques heures par jour. Ils suivent un programme précis et sont suivis par un encadrant extérieur qui vient vérifier leurs progrès plusieurs fois par an. Au Canada, il est obligatoire, depuis quelques années, d’avoir un suivi extérieur lorsque l’on fait l’école à la maison. Dans la ferme où nous avons travaillé, passés 16 ans, tous les enfants de la famille ont fait le choix de poursuivre des études à l’université et apparemment, la transition s’est très bien faite pour les sept premiers (Charity vient juste de finir sa première année)!

Grâce à cette méthode d’apprentissage à la maison, les enfants vivent réellement sur la ferme et participent à différents travaux en plus de leurs leçons de français, maths ou histoire.

Joshua (12 ans) et Steven (9 ans) sont entièrement en charge des poules et c’est déjà pas mal de travail ! Chaque matin, avant le petit déjeuner et chaque après-midi, ils vont dans les deux poulaillers et soulèvent les poules en train de pondre pour récupérer les oeufs. Il faut faire attention car certaines poules n’aiment pas ça et essayent de leur piquer les doigts. Mais Steven a la technique, il les attrappe par la queue, ou bien les pousse avec un bâton. Plutôt débrouillard pour un garçon de 9 ans ! Le matin, ils doivent également remplir des seaux de graines et les verser dans les mangeoires. Des fois, en voyant Steven ou Josh porter deux gros seaux aussi lourds qu’eux, je les prends en pitié et leur donne un coup de main, mais il faut reconnaître qu’autrement ils font ça très bien tous seuls ! Enfin, cela reste tout de même la partie la plus drôle des « chicken chores » (corvées de poulets en anglais), car une fois par mois il faut laver les poulailler et retirer toutes les fientes (1) de poules à la pelle. Pour ça, deux ou trois WWOOFeurs (2) viennent leur donner un coup de main. Je dois dire que cela m’a vraiment impressionnée car ils ne se plaignent presque jamais. Et vous, est-ce que vous vous seriez vus faire cela à neuf ans ?!

Quand il n’y a pas assez de WWOOFeurs (2) pour aider sur la ferme, Steven et Joshua s’occupent aussi de nourrir les chevreaux au biberon, parce qu’ils connaissent tous leurs noms !

Enfin, une autre partie de leur travail à la ferme consiste à entraîner des animaux pour des concours de dressage auxquelles ils participent pendant les foires agricoles. Charity (16 ans) s’occupe actuellement de deux chèvres et d’une chienne. Joshua a une chèvre et envisage de dresser une poule l’année prochaine ! Quant à Steven il a débuté cette année à entraîner sa chèvre Ariety en la promenant en laisse.

Bref, l’école à la maison, c’est presque plus de travail qu’à l’école ! Qu’en pensez-vous ?

Dico :

(1) fientes: crottes de poules

(2) WWOOFeurs : personnes qui font du WWOOFing, c’est à dire qui travaillent dans des fermes biologiques contre des repas et un lit

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Clémentine

Article réalisé dans le cadre de notre partenariat avec l’école primaire des Violettes

Rubrique consacrée aux élèves sur notre blog : « Le coin des enfants« 

A la découverte de Goat’s Pride Dairy

Bientôt une semaine que nous sommes arrivés dans la ferme de Goat’s Pride Dairy, près de Vancouver, et voici seulement notre premier article.

C’est qu’ici tout est si différent de ce que nous avons pu vivre jusqu’à présent que nous avions besoin d’un petit temps d’adaptation. Je me sens bien plus à l’aise aujourd’hui pour écrire cet article. Si je l’avais rédigé il y a quelques jours, je crois que vous n’auriez pas eu une très bonne opinion de notre nouvelle ferme ! Et pourtant, après six jours, nous avons enfin pris nos marques et du recul, ce qui nous permet de vous présenter Goat’s Pride Dairy avec un peu plus d’objectivité.

Lorsque nous sommes arrivés dimanche, aucun membre de la famille n’était là pour nous accueillir, car ils étaient à la foire agricole de la ville. Deux WWOOFeuses étaient présentes sur la ferme mais comme elles étaient en pleine traite des chèvres, elles n’ont pas pu nous faire visiter les lieux. Une autre WWOOFeuse chinoise a essayer de nous faire faire un tour de la maison, mais elle n’était là que depuis deux jours et ne savait pas trop quoi nous dire… Nous avons dû attendre plus d’une heure, la fin de la traite, pour savoir où étaient notre chambre et la salle de bain ! Finalement, nous avons dîner avant que les fermiers ne reviennent, avec les trois WWOOfeuses qui ont commencé à nous parler de la famille. C’est ainsi que nous avons découvert que Jo Ann et Peter Dykstra avaient neuf enfants (dont cinq vivent encore sur la ferme !) et qu’il y avait actuellement sept WWOOFeurs sur la ferme. Ce qui fait donc un total de quatorze personnes dans la maison ! C’est là que nous avons commencé à comprendre que ce séjour serait très différent des trois autres. Puis, vers 21h, tout le monde est finalement rentré et c’est là que nous avons commencé à douter d’avoir choisi la bonne ferme… Peter et Jo Ann nous ont à peine adressé un « bonsoir », et ne nous ont posé absolument aucune question avant de quitter de salon. Nous avons fini par comprendre, grâce aux WWOFeurs qu’il y avait un planning fait chaque soir pour le lendemain, avec les tâches de chacun. Le lundi, nous étions inscrits pour nourrir les chèvres avec Tatjiana, une WWOOFeuse allemande, comme coach. Nous sommes donc allez nous coucher dans notre caravane en nous demandant ce qui nous arriverait le lendemain…

Finalement, les trois premiers jours ont été assez difficiles, pour plusieurs raisons. En dehors des tâches quotidiennes du planning où nous avions des WWOOFeurs pour nous expliquer le travail (mais jamais un membre de la famille !), le reste du temps il nous était plutôt difficile de savoir quoi faire. En effet, dans cette ferme, chacun doit prendre des initiatives pour aider durant la journée, sauf que personne n’était là pour nous guider et que nous n’avions aucune idée de l’organisation globale de la ferme. Plutôt difficile de savoir quoi faire dans ce cas là ! D’autre part, les règles de fonctionnement sont très précises (ce qui est normal avec quatorze personnes dans une maison), mais nous les avons découvert uniquement par étapes en nous faisant réprimander à chaque fois. Si on essaye de remplir le lave vaisselle, les verres ne sont jamais au bon endroit, si on met le couvert, on ne met jamais les assiettes là où il faut, si on veut étendre le linge, on n’accroche jamais les habits dans le bon sens !… Évidement, tout cela n’aide pas vraiment à se sentir chez soi.

Mercredi, matin, notre moral était donc plutôt bas… Surtout qu’à tout cela s’ajoutait un mode de vie très loin du notre, puisque dans cette famille, avant et après chaque repas, on prie et on lit un passage de la Bible, ce qui nous mettait plutôt mal à l’aise. Mais nous avons finalement pris cela comme une bonne occasion de découvrir les histoires bibliques. C’est toujours bon pour la culture générale !

Finalement, tout a commencé à changer mercredi, quand Jo Ann a semblé réaliser qu’elle ne nous parlait pas toujours très gentiment et que nous faisions de notre mieux pour aider. Elle s’est mise à nous réprimander plus doucement, à nous parler et à nous poser des questions. Maintenant, nous commençons aussi à vraiment discuter avec les WWOOFeurs et les membres de la famille. Cela nous aide à mieux comprendre ce que l’ont peut faire par nous même sur la ferme, mais aussi à construire des relations vraiment amicales. Finalement, depuis trois jours, bien que cette ferme fonctionne de manière très particulière, nous avons enfin l’impression de faire partie de la bande ! Nous avons trouvé à nous rendre utiles en ramassant des mûres avec Tatjiana pour faire de la confiture, en taillant les onglons (le surplus des sabots) des chèvres avec Verena, en cuisinant avec Jo Ann. Mais la partie la plus sympa de la journée, reste évidemment la baignade dans la piscine des voisins avant le dîner ! Il semble qu’il y ait ici une sorte de règle tacite : attendre toujours quelques jours avant de faire confiance à de nouveaux WWOOFeurs !… Peut-être cela est-il dû au fait qu’il y a toujours tant de monde et d’allers-et-venues.

 

Finalement, même s’il est toujours difficile de comprendre comment la ferme fonctionne dans son ensemble, ce séjour sera extrêmement enrichissant puisque nous allons découvrir tout ce qui se fait de A à Z : nourrir les cochons, les chevreaux (au biberon!) et les chèvres, les traire, faire du yaourt et du fromage, stocker du foin, refaire les clôtures, ramasser les œufs, nourrir les poules et nettoyer le poulailler, et même faire des marchés ! Aujourd’hui, c’était mon tour d’aller aider Jo Ann pour vendre les fromage et les œufs et cela m’a définitivement réconcilié avec Goat’s Pride Dairy !

Clémentine