Après la version numérique : le vrai livre !

couverture

Ça y est ! Champs libres est enfin disponible en version papier ! Si vous n’aviez pas le cœur de vous attaquer à la lecture d’un livre numérique, voici maintenant un bel ouvrage à acquérir pour la modique somme de 8€.

Pour les commandes, merci de nous contacter par courriel : terreenvue.asso(at)gmail.com

Bonne lecture !

Clémentine et Valérian

La fin d’une belle aventure ?

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Voici déjà plusieurs semaines que nous avons repris la route, après un séjour idyllique à Good Note Community Farm. Pas facile de quitter Maryann, Kevin et Rigel après trois semaines si courtes, mais durant lesquelles nous avons appris énormément et noué des liens très forts avec cette famille dont nous nous sentons si proche. C’est donc le cœur serré que nous avons agité nos mains par la fenêtre en laissant derrière nous cette ferme qui clôture un voyage de six mois extraordinaire, plein de rencontres, de découvertes, de surprises, de nouveaux amis. Un voyage dans lequel nous avons mis tant d’énergie, d’espoirs, de rêves et de travail.

Mais heureusement, l’histoire ne s’arrête pas là puisque sur le chemin du retour pour Montréal nous avons traversé tout le Canada, découvert des régions magnifiques, fait du canoë sur les lacs déserts de l’Ontario, entourés d’érables aux vives couleurs d’automne.

Finalement, nous avons décidé de clore ce voyage en beauté, là où il avait commencé : à la ferme Belle Roche. Nous avons donc retrouvé Caroline et Simon qui n’avaient pas changé, bien que la ferme, elle, n’ait vraiment plus le même aspect ! Nous avons pu récolter avec bonheur les légumes que nous avions laissés à l’état de plantules il y a quelques mois, et bien sûr rencontrer Raphaëlle, la petite fille d’un mois qui habite désormais la chambre bleue que nous avions repeinte en avril.

De retour à Montréal depuis mercredi, nous avons finalement revendu notre voiture « sac-à-puces » et nous profitons désormais de l’été indien sur les terrasses ensoleillées de la première ville du Québec.

Si ce voyage se finit demain, l’aventure elle continue, puisque nous espérons pouvoir partager avec vous, en France, cette expérience fabuleuse et les nouvelles idées qu’elle nous a données. Nous organiserons donc des événements et des expositions dans la région parisienne et en Bretagne dans les mois à venir et nous comptons vous y voir nombreux !

Merci à tous pour vos messages et vos commentaires. Merci d’avoir suivi fidèlement ce blog durant six mois. Rien ne nous a plus de motivé que de voir la fréquentation de notre site augmenter au fil des mois !

N’hésitez pas à vous rendre sur le blog dans les jours et les mois à venir pour obtenir des informations sur nos expositions, soirée-débats et animations. Mais aussi éventuellement pour lire de nouveaux articles plus synthétiques sur ce voyage et les pistes de réflexion qu’il nous a ouvertes.

A très bientôt !

Clémentine et Valérian

Garder ses semences

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Avez-vous déjà essayé de récolter des graines de salade ? Non ? Pourtant rien n’est plus simple. Pas besoin, comme pour les carottes ou les oignons, d’attendre deux ans, il suffit juste de laisser monter sa salade en graine. Plus facile encore à récolter, à conserver et à resemer, les graines de tomates, elles, se prennent directement dans l’assiette ! Il suffit juste de les poser quelques jours sur du papier toilette pour les déshydrater avant de les glisser dans une enveloppe en attendant le printemps.

Chaque année, à la fin de la saison, Maryann récolte ses propres graines afin de les semer l’année d’après. Cela demande du temps mais comporte de nombreux avantages.

Économique :

Économiquement, cela évite d’avoir à racheter chaque année ses semences. L’agriculteur n’est donc pas dépendant des firmes semencières et reste autonome. Dans le cas des OGM, non seulement la semence est chère mais en plus elle vient le plus souvent obligatoirement avec l’achat de produits « adaptés » vendus par la même entreprise bien sûr… C’est le cas du désherbant total Roundup © avec par exemple le coton, le mais, le soja… roundup Ready © .

Sociale :

La conservation des semences passe traditionnellement par des échanges entre agriculteurs. En plus de permettre un brassage génétique, cela tisse un lien social fort sur le territoire.

Une sélection adaptée à votre terroir et à votre goût :

Selon les plantes, l’agriculteur conserve les graines (ex : blé, salades, melons…), ou d’autres organes de la plante (tubercules, bulbes…). Chaque année il sélectionne donc les graines des plantes qu’il juge les meilleures.

Conserver ses graines permet de sélectionner directement les plantes les plus adaptées à son climat, ses ravageurs, son territoire, ses pratiques culturales et surtout à son goût ! Autant de choses qui sont difficilement réalisables pour les gros semenciers qui après avoir sélectionné une plante, la vendent sur un vaste territoire, voire sur plusieurs continents. Et on les comprend ! Le travail de sélection variétale est long est coûteux pour ces entreprises, il est normal qu’ils cherchent à rentabiliser leurs dépenses. Même s’ils tentent de s’adapter le plus possible à des unités climatiques, vous comprendrez bien qu’il leur est impossible de s’adapter à votre propre champ ou jardin.

Écologique :

Sélectionner ses plantes c’est, vous l’avez compris, les adapter à son terroir. N’oublions pas que les semenciers sélectionnent leur plantes dans des conditions optimales de sol et d’apports en intrants (ça commence à changer… heureusement!1). C’est alors aux agriculteurs d’apporter des engrais manquants s’il veut obtenir les rendements promis.

Si vos semences sont issues d’une sélection à la ferme locale et adaptées à des terrains, climats et des pratiques culturales à faibles intrants, il ne sera pas forcément nécessaire de leur apporter beaucoup d’intrants (engrais, pesticides, eau…) afin d’avoir une récolte.

Enfin, les variétés sélectionnées à la ferme, appelées « variétés population », augmentent la biodiversité au sein des parcelles, contrairement aux variétés lignées, hybrides et OGM2, souvent proposés par les semenciers.

Les problèmes de la sélection à la ferme :

Resemer ses propres semences demande du temps, surtout pour les fruits et légumes ! Et pour les céréales, il ne suffit pas de prendre un sac de grains au hasard, mais bien de prendre les plantes qui nous conviennent le mieux (pour leur goût, leur apparence, leurs résistances, leur tolérance…).

Autre gros soucis : le droit3. En France, les agriculteurs doivent obligatoirement cultiver des variétés inscrites au « Catalogue » français ou européen. Le catalogue se charge de référencer toutes les variétés cultivables pour chaque espèce. L »inscription d’une variété au catalogue est longue et coûteuse, et doit être renouvelée après cinq à dix ans si l’on veut pouvoir continuer à cultiver une variété. Certaines dérogations sont faites pour des variétés anciennes considérées en « érosion génétique », (mais pas pour l’ensemble des variétés locales) ou encore certaines espèces peu utilisées (ex : millet), mais ces dérogations sont souvent assez restrictives et surtout complexes à comprendre.

Enfin, l’échange de semences entre agriculteurs est désormais interdite, et donc les échanges entre agriculteurs légalement impossibles.

Conclusion !

Vous l’aurez donc compris, le sujet des semences est complexe et touche du doigt un nombre infini de problèmes écologiques, sanitaires, économiques, sociaux, juridiques et même politiques. Le droit de resemer sa propre récolte pour tous les agriculteurs devrait être indiscutable, malheureusement ça ne l’est plus. Ce qui était un des fondement de l’agriculture devient de plus en plus impossible à réaliser en toute légalité. Rien n’est tout blanc ou noir non plus : la sélection d’aujourd’hui a apporté de nombreuses améliorations génétiques bien plus rapidement que cela n’aurait été possible avec de la sélection à la ferme. Rien n’est à donc rejeter forcément, le problème est plus que les agriculteurs n’ont aujourd’hui plus le choix et doivent obligatoirement se plier face à une lourde et complexe législation. En France la loi essaye maintenant de prendre en considération les variétés locales « en voie d’extinction » mais ce n’est pas encore le cas de toutes les variétés locales ni du principe de la sélection à la ferme. Il reste encore beaucoup d’obstacles juridiques à contourner car notre modèle est aujourd’hui construit pour répondre aux exigences des nouvelles variétés. Cependant, certains pays comme la Suisse ont su trouver des solutions3 en acceptant des exceptions pour les variétés locales, rien n’est donc encore perdu !

Valérian

1Bernad Rolland, chercheur à l’INRA, propose de sélectionner des variétés de blé sur des sols pauvres avec de faibles apports en intrants. Ces variétés sont donc plus adaptées à l’agriculture biologique peu consommatrices en intrants.

2 La Fondation de la recherche sur la biodiversité a publié un rapport sur l’évolution de la biodiversité du blé en France. Pas si simple que ça à étudier ! Mais néanmoins très intéressant.

3 si ce sujet vous intéresse, je vous conseille vivement de lire la thèse de Mlle Shabnam « Semence et droit » soutenue en 2008. Cela permet d’avoir un point de vue, certes subjectif, mais très complet et bien référencé sur le problème des semences.

La grange

Quelques photos de nos journées de travail sur la construction de la grange avant l’hiver.

Savon fait maison !

Chez les Borch, la majeure partie des produits utilisés sont locaux. Et cela s’applique à tous les domaines, que ce soit la maison en paille et argile, la nourriture ou les produits d’entretien. Car oui, Maryann fait son savon elle-même à partir du gras de ses bœufs et du lait de ses chèvres. Oui oui, du savon au gras de bœuf ! On vous assure, ça ne se sent même pas et ça permet d’éviter de gaspiller. Pas mal non ?

Il y a quelques jours, en deux heures, nous avons donc pu assister à la confection du savon. D’abord Maryann fait chauffer les morceaux de bœuf, afin que le gras se liquéfie et pour pouvoir le séparer des morceaux de viande résiduels et des os. Ce matin, nous avons obtenu 1,8kg de graisse de bœuf. Nous l’avons laissée refroidir et sommes allés regarder sur un site internet spécialisé (www.thesage.com) pour savoir combien il nous fallait d’hydroxyde de sodium (soude) et de lait de chèvre. Nous avons finalement mis les 700 millilitres de chèvre dans un bol au congélateur pendant que le gras refroidissait et pesé les 225 grammes de soude. Après une heure, quand le lait était presque entièrement gelé, nous avons ajouté la soude dans le bol de lait petit à petit, en remuant, afin que le lait ne brûle pas. Car oui, la réaction qui se produit est très forte et chauffe beaucoup ! C’est pour cela qu’il faut porter des gants et des lunettes (ce que Maryann ne fait pas toujours…), laisser le bol tremper dans un évier rempli d’eau froide afin que cela refroidisse le mélange, et surtout ajouter la soude dans le lait et pas l’inverse (sinon gare à la réaction !). On remue jusqu’à ce que le mélange redescende à 38°C. Puis on le verse dans la casserole remplie de gras de bœuf refroidi. C’est là aussi une réaction dangereuse, il faut donc verser doucement et remuer avec une cuillère en métal (une cuillère en bois serait rongée!), porter des gants et des lunettes. Quand tout est bien mélangé, on fini au blender ou au mixer, car le savon a besoin d’être mixé très vite pour s’épaissir. Une fois le mélange épaissi, nous avons ajouté des huiles essentielles d’arbre à thé et des flocons d’avoine (c’est bon pour la peau!). Puis, nous avons versé cela dans des boites rectangulaires. On recouvre le dessus de plastique et on enveloppe le tout dans une grosse serviette éponge pour garder la chaleur. Le mélange va continuer à réagir pour se solidifier pendant 24h. Le lendemain, on peut découper des rectangles de savon. Mais attention, tant que tout l’hydroxyde de sodium n’a pas réagi, le savon reste extrêmement corrosif et ne peut pas être utilisé. Il faut attendre au moins quatre semaines (six dans l’idéal) avant de se laver les mains avec. Nous en emportons dans nos valises, alors si vous venez à l’une de nos expositions, vous pourrez vérifier par vous même qu’on ne décèle pas la moindre odeur de gras de bœuf !

Juste pour info, si cela vous intéresse, Maryann n’utilise aucun produit d’entretien chimique. Le vinaigre blanc lui permet de détartrer la salle de bain et de nettoyer les vitres. Pour ses tables, elle fait cela avec de l’huile essentielle d’arbre à thé. Elle utilise du bicarbonate de sodium pour récurer les casseroles dont le fond est brûlé ou pour nettoyer ses toilettes. Et enfin, pour éviter le problème des canalisations bouchées, une fois par mois elle remplit son évier d’eau très chaude et avec une paire de gant elle ôte le bouchon et laisse toute l’eau s’échapper très vite dans les tuyaux. Cela suffit pour se débarrasser du gras qui risquerait de les boucher.

Alors, vous sentez-vous prêt à vous débarrasser de votre Monsieur Propre maintenant ?

 Clémentine